Les résultats 2025 de Kering ont secoué le marché financier. Avec un bénéfice net en chute vertigineuse de 93,6 % et un chiffre d’affaires en baisse de 13 %, la troisième puissance du luxe au CAC 40 fait face à un défi majeur. Pourtant, l’action a bondi de plus de 11 % à l’annonce des résultats, traduisant un optimisme boursier misant sur le redressement piloté par le nouveau directeur général Luca de Meo. Ce retournement espéré repose sur une réduction des coûts massive et une restructuration stratégique. Mais derrière cette embellie, subsistent plusieurs tensions structurelles, qui méritent une attention approfondie. La dépendance à Gucci, la fragilité du portefeuille des autres marques, la stratégie de restructuration par soustraction, la concurrence accrue et l’incertitude sur le marché chinois modèrent les perspectives. Ce scénario soulève la question centrale : l’action Kering offre-t-elle un potentiel d’investissement attractif, ou bien la valorisation en Bourse masque-t-elle un piège ?
En bref :
– Kering enregistre une chute dramatique de son bĂ©nĂ©fice net en 2025, malgrĂ© un chiffre d’affaires supĂ©rieurs aux attentes au quatrième trimestre.
– L’action gagne plus de 11%, portĂ©e par la confiance dans la feuille de route dĂ©finie par Luca de Meo.
– Gucci, moteur du groupe, subit un recul continu de ses ventes (-40% depuis 2022) et une marge opĂ©rationnelle au plus bas.
– Le reste du portefeuille luxe montre une dynamique dĂ©cevante, avec des fermetures de magasins impactant croissance et visibilitĂ©.
– Face Ă une concurrence renforcĂ©e (Hermès, LVMH, Prada), le groupe peine Ă maintenir sa dĂ©sirabilitĂ©.
– La forte exposition au marchĂ© chinois reste une source d’incertitude majeure, le tourisme et la consommation haut de gamme y restant fragiles.
– La valorisation actuelle Ă environ 34 fois les bĂ©nĂ©fices 2026 ne laisse guère de marge pour les mauvaises surprises.
Quels enjeux sous-tendent le redressement du n°3 du luxe au CAC 40 ?
Kering, troisième acteur majeur du luxe cotĂ© en Bourse, est au cĹ“ur d’un pari complexe. MalgrĂ© des rĂ©sultats dĂ©sastreux pour l’annĂ©e 2025, le marchĂ© financier reste confiant en l’action et au redressement annoncĂ©. Cette dynamique paradoxale s’explique d’abord par une amĂ©lioration sĂ©quentielle observĂ©e au dernier trimestre, avec un recul du chiffre d’affaires limitĂ© Ă 3 %, contre 5 % anticipĂ©. Par ailleurs, certaines marques, comme Bottega Veneta (+3 % au T4) et Saint Laurent (stable), montrent quelques signes d’ancrage. Le nouvel homme fort, Luca de Meo, apporte une stratĂ©gie de rupture basĂ©e sur une rĂ©duction drastique des coĂ»ts (plus de 900 millions d’euros d’économies) et une meilleure gestion financière (allĂ©gement de la dette grâce Ă la cession d’actifs importants comme Kering BeautĂ©).
Cette approche restructurante s’accompagne d’une stabilisation favorable Ă court terme, incitant Ă envisager un redressement progressif. Toutefois, l’ombre de Gucci plane sur le groupe : concentrant 41 % du chiffre d’affaires total, la marque a vu son chiffre d’affaires dĂ©croĂ®tre de 40 % en trois ans, tandis que sa rentabilitĂ© a Ă©tĂ© divisĂ©e par deux. La nouvelle direction artistique mise sur Demna, ancien directeur de Balenciaga, pour rĂ©inventer Gucci, mais son succès reste Ă confirmer, notamment avec le dĂ©filĂ© du 27 fĂ©vrier qui s’annonce comme un vĂ©ritable test pour convaincre durablement.
La dépendance à Gucci freine-t-elle la dynamique du groupe ?
Avec près de 60 % de la rentabilité opérationnelle provenant de Gucci, Kering reste largement tributaire de son emblématique marque. Cette concentration génère un risque accru, surtout quand Gucci subit un déclin aussi marqué. Lorsqu’une telle part de revenus est en contraction, elle sape mécaniquement la croissance du groupe et limite ses marges de manœuvre. La tentative de relancer l’attractivité par une signature artistique audacieuse doit impérativement aboutir. Le marché suit cela de près, car tout échec créatif au sein de Gucci pourrait creuser davantage le fossé en valorisation boursière.
Quel est l’impact de la restructuration sur la visibilité et la croissance des marques ?
La stratégie actuelle de Kering repose sur la réduction du réseau physique, avec 225 fermetures nettes prévues entre 2025 et 2026, des cessions d’actifs et une forte compression des coûts. Si ces mesures améliorent mécaniquement la productivité au mètre carré et redressent les comptes à court terme, le risque de réduire la désirabilité demeure. Dans le luxe, la visibilité des marques passe aussi par leur accessibilité et la rareté. Une contraction trop rapide du réseau peut affecter cette balance délicate.
Par ailleurs, le départ de talents clés, comme ceux récemment survenus chez Bottega Veneta, illustre un défi plus structurel : l’attractivité de Kering pour les créateurs est mise en question. Le groupe doit doubler d’efforts non seulement pour stabiliser sa base financière mais aussi pour renouveler l’émotion et le prestige qui font la force du luxe. Pendant ce temps, la concurrence intensifie sa dynamique, avec Hermès continuant d’afficher une croissance de 9 %, et LVMH, avec sa diversification, occupant une position très solide. Cette accélération des rivaux accentue la pression et renforce les défis du redressement.
La concurrence, un accélérateur de risques pour Kering en Bourse
Le classement boursier et la désirabilité des marques dénotent une rupture: la capitalisation boursière de Kering avoisine 34 milliards d’euros, soit seulement 16 % de celle de LVMH. Cet écart traduit un marché qui valorise déjà très différemment la capacité de génération de revenus et la rentabilité. Lorsqu’un investisseur s’interroge sur la qualité d’un investissement en Bourse, la comparaison sectorielle est cruciale. La performance des concurrents, notamment Prada et Hermès, indique que le marché privilégie actuellement les acteurs qui conservent une croissance organique solide et une visibilité accrue.
Quels risques spécifiques l’exposition au marché chinois fait-elle peser ?
La zone Asie-Pacifique représentait jusqu’à récemment près de 30 % du chiffre d’affaires de Kering, portée surtout par la performance de Gucci. Or, depuis 2023, les dépenses des ultra-riches chinois (UHNW) ont marqué le pas, et le tourisme asiatique demeure faible. Kering a dû concentrer ses fermetures en Chine, reflet des incertitudes persistantes. Ce contexte fragilise la trajectoire de croissance dont la Bourse et les investisseurs espèrent la concrétisation.
La volatilité liée au taux de change, notamment avec un euro fort, complique encore la stabilité des revenus. Ces facteurs, bien que souvent sous-estimés, doivent être pris en compte par les investisseurs qui évaluent la valorisation actuelle de Kering en Bourse. Elle affiche un ratio bénéfice sur prix de 34 fois, proche de celui de LVMH, alors même que les résultats et la marge restent inférieurs.
Comment naviguer dans un contexte de valorisation tendue en Bourse ?
Les investisseurs à la recherche d’opportunités en Bourse doivent savoir que, si les signes de stabilisation sont réels, ils reposent sur des leviers qui pourront vite s’épuiser. Une valorisation élevée impose une exigence accrue de preuves concrètes de retournement. Les échéances du défilé Gucci fin février et du Capital Markets Day en avril sont clé pour envisager une accumulation progressive d’actions Kering.
Face à ces éléments, une gestion prudente semble de mise. Ni achat frénétique, ni vente panique, mais conservation mesurée en attendant un revirement tangible sur les revenus organiques. Cette approche permet de limiter les risques liés à la volatilité et d’anticiper les effets d’un vrai redressement.
En parallèle, suivre de près l’évolution des marchés boursiers peut éclairer les décisions. La tendance actuelle à Paris montre une certaine stabilité générale, en dépit des soubresauts constatés dans certains secteurs. Les actions cycliques montent en puissance, mais le luxe reste soumis aux pressions de valorisation détaillées ici. Pour creuser davantage, vous pouvez consulter des analyses récentes sur le marché parisien stable ou bien la performance européenne du secteur luxe.
